AAP 2017-2018 – Retour sur le projet ACATLAN

Noé Noriega, metatero de San Juan Teitipac (Oaxaca) ébauchant un mano de pierre à moudre (metate) dans de la rhyolite ; © François Gendron/MNHN.

Le projet Acatlán avait pour objectif de retracer, par des analyses chimiques et minéralogiques, l’origine des roches vertes « précieuses » employées dans le Mexique préhispanique pour la taille d’objets à usages cérémoniels. 

Vers 1300 av. J.-C., sur des sites de la culture olmèque (La Venta, La Merced, El Manatí…), on observe le dépôt de quantités numériquement significatives de haches cérémonielles finement polies en jade-jadéite. Ces haches sont d’autant plus remarquables qu’elles sont façonnées dans des roches vertes ne provenant pas des formations géologiques du sud de la côte du Golfe du Mexique, ce qui indique des échanges réguliers entre différentes régions de Méso-Amérique. Si, la présence d’objets en jadéitite à El Manatí et à La Merced (Veracruz) confirme l’existence d’approvisionnements depuis la lointaine vallée du rio Motagua (sud-est du Guatemala), la nature et l’origine des autres roches métamorphiques restaient encore à préciser.

Dans le cadre du programme Acatlán, des prospections et des collectes géologiques sur le terrain ont été réalisées dans le sud de l’État de Puebla, suivies d’études comparatives entre résultats d’analyses d’objets issus de fouilles archéologiques et d’échantillons géologiques. Ainsi, les prospections effectuées dans le complexe métamorphique Acatlán ont permis d’identifier les zones d’affleurement d’éclogite conformément aux indications des publications géologiques mais surtout de collecter des échantillons.

Par ailleurs, l’étude du matériel lithique découvert lors des campagnes de fouilles du Sistema 7 Venado du site de Monte Albán (Oaxaca) a permis de comparer  les roches archéologiques avec celles taillées aujourd’hui  par les fabricants  de pierre à moudre (metateros) de la vallée de Mitla (Oaxaca). Cette recherche permet de relier le passé préhispanique au présent mexicain et de mettre en lumière des traditions et un patrimoine séculaire de productions matérielles.

Les résultats prometteurs et les collaborations scientifiques engrangés avec le Mexique grâce au programme Acatlán vont se poursuivre dans les années à venir. Un programme d’analyses et de fouilles archéologiques est d’ores et déjà en développement avec l’Instituto Nacional de Antropología e Historia sur le site huaxtèque de Tamtok (San Luis Potosi).

 

Équipe projet :

François GENDRON, UMR 7194 – Homme et Environnement, MNHN ; Sorbonne Université, Cerap EA 3551
Alberto VITALE BROVARONE, UMR 7590 – Institut de Minéralogie, de Physique des Matériaux et de Cosmochimie, Sorbonne Université
Estela MARTINEZ MORA, Instituto Nacional de Antropología e Historia, Mexique
Aliénor LETOUZÉ, Centre de Recherche sur l’Amérique Préhispanique EA 3551, Sorbonne Université
Franck GARCIA, UMR 7194 – Homme et Environnement, MNHN ; Association ACERAP

Noé Noriega, metatero de San Juan Teitipac (Oaxaca) ébauchant un mano de pierre à moudre (metate) dans de la rhyolite ; © François Gendron/MNHN.
Hache en éclogite (L : 96 mm), niveau Manatí B (1640-1490 av. J.-C.) de l’offrande massive de El Manatí (Veracruz), culture olmèque ; Copyright : Pierre Masson.
Surface polie d’un échantillon d’éclogite de la suite Xayacatlán (Puebla) collecté lors du projet Acatlán. Les grains rouges sont des grenats almandins pris dans une matrice verte à omphacite (pyroxène) et barroisite (amphibole) parcourue de filons de quartz ; © François Gendron/MNHN.
Massif de serpentine de Tehuitzingo (Puebla), source potentielle de matière première à l’époque préhispanique et surface polie d’un échantillon de serpentine collecté lors du projet Acatlán ; © François Gendron/MNHN.
Massif de serpentine de Tehuitzingo (Puebla), source potentielle de matière première à l’époque préhispanique et surface polie d’un échantillon de serpentine collecté lors du projet Acatlán ; © François Gendron/MNHN.