« Allier l’héritage patrimonial de la Sorbonne et les moyens scientifiques les plus high-tech »

Entretien avec Nathalie Ginoux, directrice d’OPUS

La professeure d’archéologie, Nathalie Ginoux, dirige l’Observatoire des patrimoines de Sorbonne Université (Opus).

Nathalie Ginoux

Fort d’un réservoir d’expertises unique en France, cet institut a pour ambition de faire des études patrimoniales un domaine de référence de l’Alliance Sorbonne Université.

Comment est né Opus ?

Nathalie Ginoux : Nous avons, au sein de l’Alliance Sorbonne Université, une palette exceptionnelle d’expertises, de formations et de plateformes technologiques, susceptible de réunir des compétences scientifiques et pédagogiques sur les patrimoines, unique en France. Opus est né de ce constat.

Créé en 2016, il a d’abord pris la forme d’un comité de préfiguration avec une triple gouvernance réunissant des membres de la faculté des Lettres, de la faculté des Sciences et Ingénierie et du Muséum national d’Histoire naturelle (MNHN). L’institut rassemble aujourd’hui près de 70 composantes, laboratoires ou unités de formation et de recherche en histoire, histoire de l’art, archéologie, philosophie, littérature, langues, ethnologie, muséologie, information et communication, chimie, physique, matériaux, médecine, etc.

Quelles sont ses missions ?

N. G. : Le rôle d’Opus est de mettre en synergie les différentes disciplines du patrimoine en installant des transversalités pérennes de coopération autour du projet de la recherche et de la formation. Nous souhaitons explorer et valoriser le patrimoine sous toutes ses formes. Nous bénéficions pour cela d’un environnement universitaire d’exception qui allie l’héritage patrimonial de la Sorbonne et les moyens scientifiques les plus high-tech. Cet environnement, tourné à la fois vers le passé et le futur, permet de proposer de nouvelles manières d’enseigner les patrimoines, leur conservation, leur valorisation, etc.

Quel bilan tirez-vous de ces premières années d’existence ?

N. G. : Le bilan sur lequel peut s’appuyer la nouvelle direction est considérable. Dès les premières années, Opus a organisé des séminaires mensuels pour créer des passerelles entre les chercheurs et développer des enseignements et des projets de recherche interdisciplinaires.

En quatre ans, Opus a financé une trentaine de projets. Citons par exemple le projet Inca porté par une archéologue chilienne en collaboration avec le laboratoire d’archéologie moléculaire et structurale (Lams) autour de l’idole de Pachacamac. Le projet Archifang conduit par le MNHN autour de la transmission des rituels culturels au sein de sociétés africaines traditionnelles a également rencontré un large succès.

Opus a, par ailleurs, impulsé de nouveaux enseignements interdisciplinaires comme l’unité d’enseignement Imap (Interdisciplinarité et matériaux du patrimoine) qui fait travailler ensemble des étudiants de chimie et d’histoire de l’art et archéologie, autour d’objets patrimoniaux.

Quels liens avez-vous tissé au niveau international ?

N. G. : Les laboratoires de l’Alliance Sorbonne Université travaillent sur des objets ou des sites patrimoniaux du monde entier. C’est une force pour notre université. Par ailleurs, nous avons commencé à créer un réseau au sein de l’Alliance 4EU+ dans la perspective de développer de nouvelles formes de coopérations à l’échelle européenne entre les universités de Milan, Copenhague, Heidelberg, Prague, Varsovie et Sorbonne Université.

L’institut est également très actif en direction de nos autres partenaires stratégiques internationaux, comme l’Université nationale autonome du Mexique avec laquelle nous mettons en place dès 2021, des actions de recherche et de formations hybrides. Dans ce contexte Opus contribuera aux évènements prévus pour le Mois du Mexique.

Quelles sont les perspectives en termes de recherche pour l’année 2021 ?

N. G. : L’ADN d’Opus consiste à traiter les objets patrimoniaux dans toute leur diversité, aussi bien matériels, qu’immatériels, culturels que naturels. Nous sommes également en veille sur les phénomènes de patrimonialisation, c’est-à-dire l’émergence de nouveaux patrimoines et tout particulièrement le patrimoine numérique.

Dans l’idée de promouvoir la recherche et les formations interdisciplinaires innovantes, nous avons ouvert, en parallèle, plusieurs chantiers dont l’action « Covid et patrimoine ». Pilotée par des enseignants-chercheurs du Celsa, cette initiative invite les étudiantes et étudiants à s’interroger sur l’influence de la crise sanitaire sur les institutions patrimoniales.

Nous avons également lancé, cette année, un appel à contributions sur la thématique « Histoires de masque » qui fera notamment l’objet d’une exposition virtuelle en 2021. Nous espérons développer, dans ce cadre, des partenariats avec des musées, comme le Musée du Quai Branly-Jacques Chirac et le Musée international du Masque et du Carnaval de Binche en Belgique.

Vous travaillez également sur la question des restitutions, n’est-ce pas ?

N. G. : Absolument, la question de la « restitution » comprise dans son acception la plus large est un axe prioritaire d’Opus. Nous l’entendons à la fois comme la restitution numérique de collections et de sites, existants, menacés ou détruits (lors de conflits, d’incendies ou de catastrophes naturelles) ou encore la restitution de savoirs et de savoir-faire disparus. En tant qu’observatoire, Opus suit avec attention l’actualité sur les questions relatives aux restitutions de collections à leurs pays d’origine.

Quel impact les initiatives développées par Opus ont-elles sur la société ?
 
N. G. : L’enjeu d’Opus est de sortir des murs de l’université pour aller à la rencontre de tous les publics. Cela se traduit par notre participation aux grands évènements nationaux autour du patrimoine et de la science, des partenariats avec des musées ou des institutions culturelles, la mise en place de cycles de conférences, etc. Nous encourageons également les membres de notre communauté à développer des actions à destination des enseignants et des élèves du secondaire.

Nous avons initié des échanges avec des lycées professionnels franciliens qui forment les acteurs du patrimoine et constituent des conservatoires de savoir-faire, matériels et immatériels. D’où la nécessité d’opérer ce rapprochement entre nos laboratoires de recherches et ces formations professionnelles d’excellence. Plusieurs domaines ont été ainsi identifiés : le verre, la joaillerie et la broderie qui correspondent chacun à des thématiques étudiées dans nos laboratoires.


Article publié le 07 janvier le site de Sorbonne Université