Patrimoines et Labellisation : Séminaire-atelier OPUS

Image parkalhh de Pixabay
Image parkalhh de Pixabay
L’un des objectifs de l’Observatoire des patrimoines de Sorbonne Université est de trouver des passerelles entre science et société, afin de répondre aux demandes ou aux besoins d’institutions, de citoyens et du privé. La question de la « labellisation » a été identifiée comme susceptible de canaliser une réflexion qui pourrait déboucher sur des actions concrètes incitées et soutenues par OPUS dans le cadre de l’Alliance Sorbonne Université.

Dans le but d’explorer ces multiples relations entre patrimoines et labels, l’OPUS a ainsi invité quatorze chercheurs et représentants de collectivités concernés par la labellisation patrimoniale à un séminaire de réflexion de trois jours en octobre 2019.

Labellisation et patrimoine

La labellisation est ici entendue de manière large, et concerne une pluralité d’objets (espaces et sites, espèces, produits, savoir-faire, objets d’art, collections, mais aussi procédés, filières etc.) et d’approches.

Il peut s’agir de normes, de certifications, de réglementations, de labellisations, de brevets. Les visées de ces dispositifs sont multiples. Ceux-ci relèvent souvent d’une volonté de protection ou de conservation, ou d’une protection vis-à-vis de la concurrence. Ils constituent parfois des outils de valorisation économique. Comme le montrent notamment la diversification des « labels » de l’Unesco et la multiplication des candidatures à ces labels, la mobilisation de ces dispositifs, concomitante à l’essor de l’intérêt pour le patrimoine, paraît s’accélérer.

Selon les approches développées, liées en partie à l’appartenance disciplinaire des chercheurs, leurs modalités et leurs possibilités d’intervention dans le domaine de la labellisation sont plus ou moins aisées ou au contraire contraintes.

SYNTHESE

 Patrimoine, patrimonialisation et labellisation : une nécessaire définition

Interroger et préciser le sens donné au terme de patrimoine, à la patrimonialisation et aux processus de labellisations a permis de souligner la notion de transmission ainsi que l’injonction de transmettre qui est associé au patrimoine. Ces questions ne sont pas sans soulever quelques interrogations notamment lorsque ces patrimoines sont dit « naturels » ou qu’ils appartiennent à des sociétés non-occidentales. La notion de temporalité et de transmission s’en trouvant alors modifiées, comme dans le cadre par exemple des opérations de restauration de cours d’eau dont l’objectif de revenir à un état antérieur, dit patrimonial n’est concrètement plus possible.

Dans un contexte actuel d’essor patrimonial, trois mouvements principaux de patrimonialisation sont constatés : à l’initiative de l’Etat, des acteurs locaux et enfin du chercheur, qui par son rôle dans l’identification et le processus de patrimonialisation participe activement à ce mouvement.

Processus de labellisation

Le terme complexe de labellisation est un « mot valise ». Il regroupe toutes les pratiques consistant à identifier, désigner, distinguer, certifier, protéger et rendre visible les patrimoines.

Les terminologies d’appellation, certification, classement, inscription, normes et titres s’inscrivent toutes sous l’ombrelle du label et contribuent à des confusions. La diversité de dispositifs accompagnant la labellisation ainsi que la multiplicité des signes les identifiant ont tous pour objectif de valoriser le patrimoine labellisé. Ceci engendre cependant un phénomène de sur-labellisation pouvant entrainer des mouvements de rejet ou de dé-labellisation.

Le caractère politique et économique des labellisations est un élément important à prendre en compte. L’intérêt des politiques pour les labels incite à se poser la question de « qui valorise qui ? ». Est-ce l’institution qui valorise ou l’institution qui se valorise à travers le label ?

Pourtant, la labellisation patrimoniale entraine des contraintes fortes que les institutions, de même que les acteurs locaux ne doivent pas négliger et où les chercheurs par leurs connaissances des sites, des acteurs locaux et des processus ont un rôle évident à jouer.

Expertise et recherche

Un des enjeux présentés par l’OPUS et sous-tendant le développement d’une offre d’expertise est l’ambition de pouvoir ouvrir la science et la recherche à la société.

Pour structurer une offre d’expertise à l’intention de la société civile, de nombreux éléments sont à considérer et tout particulièrement le positionnement du chercheur dans ses missions d’expert : valorisation, rémunération, déontologie, assurance, etc.

Les attentes de la société

Afin d’identifier les attentes de la société et des politiques en termes de patrimoine et de labellisation. Les différents participants ont ainsi été invités à faire un retour sur leurs expériences et à dégager des réflexions dans ce sens.

Les labellisations peuvent ainsi être mobilisées en tant que :

  1.  dispositif de reconnaissance (permettant de réparer, de valider une démarche engagée, de légitimer un objet de recherche …),
  2.  outil pour engager des processus (protéger, construire une politique culturelle patrimoniale, développer un terrain d’observation…),
  3.  prétexte (pour bénéficier du secours de pouvoirs publics, faire face à une opposition, etc.).

Lors du séminaire, plusieurs pistes d’expertises et rôles potentiels du chercheur dans la thématique de la labellisation ont été proposées comme dans le cadre d’affectation de labels (sites UNESCO, sites naturels, produits/gastronomie…), où le chercheur peut avoir un rôle de médiateur entre les communautés locales et les institutions nationales ou internationales pour constituer les dossiers de candidature, établir les cahiers des charges, etc.

L’expertise

Quatre grands niveaux d’intervention ont été relevés au niveau de Sorbonne Université aujourd’hui :

  • Participation à la mise en œuvre d’une labellisation ou d’un dispositif réglementaire sur un objet de patrimoine. Il s’agit la plupart du temps d’expertises individuelles, ponctuelles, propres au réseau de chaque chercheur, liées à son objet de recherche ;
  • Intervention dans le cadre d’une labellisation existante. Il s’agit surtout de chercheurs, spécialistes reconnus dans leur domaine, qui sont appelés à réaliser une expertise pour des acteurs privés ou publics avec lesquels ils ont développé des liens privilégiés : pour les douanes lors de saisies, lors de vente aux enchères, pour des musées, etc. ;
  • Intervention pour la conservation de l’objet de patrimoine labellisé ;
  • Actions de médiation et valorisation.

Pour structurer une offre d’expertise universitaire de nombreuses questions ont été soulevées lors du séminaire. La protection du statut et du rôle du chercheur a ainsi été soulignée.

Dans un contexte patrimonial où les enjeux politiques et économiques sont des contraintes fortes, il semble nécessaire de formaliser l’offre d’expertise, permettant ainsi d’une part, de valoriser scientifiquement et/ou financièrement les expertises menées hors cadre de recherche, par des contrat et d’autre part, de de protéger réglementairement (cf assurance souscrite par les experts civils) et intellectuellement le chercheur (neutralité).

 

CONCLUSION

A l’heure où l’Université s’ouvre de plus en plus vers la société civile ; l’intérêt pour le chercheur à s’impliquer dans ces dynamiques de labellisation et donc d’expertise est pertinent, mais cela implique une vigilance permanente sur les phénomènes de patrimonialisation et leurs impacts.n interrogeant cette dernière et dans le sens inverse, la recherche se doit porter un regard critique sur l’expertise elle-même.

 


Liste des participants

Séminaire Patrimoine et Labellisation OPUS – 1er-3 octobre 2019
  • Cindy ADOLPHE et Aurélie DRUGUET, Scoop Anthropolinks
  • Olivier AIM, CELSA – Sorbonne Université
  • Frédérique ANDRY-CAZIN, OPUS – Sorbonne Université
  • Véronique ATGER, Direction Science, Culture et Société – Sorbonne Université
  • Imane BENNANI, Ecole d’architecture – Université internationale de Rabbat
  • Sophie de MOUSTIER, Direction du patrimoine – Région Ile-De-France
  • Isabelle GORSE-CAILLOU, Mairie de Senlis
  • Dominique GUILLAUD, Paloc, IRD – MNHN
  • Julie GUYOT-CORTEVILLE, Direction du patrimoine – Région Ile-De-France
  • Christian HOTTIN, INP
  • Hugues JACQUET, chercheur indépendant
  • Barthélémy JOBERT, Centre André Chastel – Sorbonne Université
  • Dominique PAGES, CELSA – Sorbonne Université
  • Mathieu PORCHET, PRLLX
  • Charles-Edouard DE SURMAIN, Paloc – IRD-MNHN
  • Philippe WALTER, LAMS – Sorbonne Université

La SCOOP Anthropolinks, dans la continuité de l’enquête menée sur la labellisation des patrimoines au sein de Sorbonne Université pour l’OPUS en 2018  a été associée à ces journées.